Le long de la baie de Fundy, la vallée d’Annapolis (la Vallée) s’étend du sud-ouest au nord-est, entre la ville de Digby et le bassin des Mines. C’est l’une des vallées agricoles les plus fertiles de la Nouvelle-Ecosse et, de surcroît, une vallée au patrimoine acadien incomparable, au cœur de l’Acadie historique. Dans cette région chargée d’histoire, l’Association francophone de la Vallée, fondée en 2003, s’est engagée à renforcer la communauté francophone, minoritaire [1] dans la région. Son périmètre d’action se prolonge jusqu’à la ville de Windsor, dans la partie méridionale du bassin des Mines. Revenons maintenant au passé acadien de la Vallée, après avoir examiné de plus près sa géographie, plus complexe qu’il n’y paraît…
Les hauts lieux de l’histoire acadienne
La Vallée est en effet composée de deux vallées principales bien distinctes, la vallée de la rivière Annapolis et celle de la rivière Cornwallis. Ces deux rivières prennent naissance dans la même région centrale, près de Berwick, et s’écoulent en sens inverse, l’une vers le bassin d’Annapolis, l’autre vers le bassin des Mines, alimentées par leurs rivières tributaires. Coincée entre l’étroite montagne du Nord, qui borde la baie de Fundy, et la montagne du Sud, la Vallée bénéficie d’un microclimat plus chaud, propice à l’agriculture. C’est bien ce qu’avaient compris les colons acadiens, quand ils ont endigué, pour les cultiver et s’y installer, les terres basses des marais de la rivière Annapolis, puis celles du bassin des Mines.
Aujourd’hui, quatre lieux historiques nationaux entretiennent la mémoire acadienne de la Vallée. A Port-Royal, sur la rive nord du bassin d’Annapolis, l’Habitation de Port-Royal est une réplique des bâtiments originaux construits par les Français en 1605. Toujours à Port-Royal, l’Etablissement Melanson dévoile les vestiges d’un établissement agricole familial acadien des 17e et 18e siècles. Plus à l’est, à Annapolis Royal, Fort-Anne est un site fortifié d’architecture française inspirée par Vauban, où ne subsistent que les ruines des constructions successives des 18e et 19e siècles. Enfin, au bord du bassin des Mines, le site de Grand-Pré, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO, commémore l’histoire douloureuse de la déportation des Acadiens.

L’Association francophone de la Vallée ne peut qu’être fière d’un tel patrimoine. Installée dans le centre communautaire qui jouxte l’école francophone Rose-des-Vents de Greenwood, elle doit en partie sa capacité d’action à son imposant voisin, la base aérienne de Greenwood, qui comporte des militaires francophones. L’association francophone est présidée par un vétéran des forces armées et accueille de nombreuses familles de militaires. Plus encore, l’école primaire créée en 1923 pour tous les enfants de militaires est devenue, en 2001, l’école francophone actuelle. Comptant plus de 200 élèves issus de familles de militaires et d’autres familles de culture francophone, l’école Rose-des-Vents représente un formidable espoir pour l’avenir de la Francophonie dans la Vallée.
Image d’en-tête : Vue de la rivière Annapolis depuis le Fort-Anne (auteur paulhami, licence CC BY-SA 2.0).
Jean-Marc Agator
Paris, France
[1] Seulement 7 à 9% des habitants de la Vallée sont capables de soutenir une conversation dans les deux langues officielles (Statistiques Canada 2021).
