musée des mineurs du cap breton

En mémoire des Acadiens du Cap-Breton industriel

La ville de Sydney et sa région, autrefois appelées le Cap-Breton industriel, auraient très bien pu devenir le seul centre urbain bilingue de la Nouvelle-Ecosse. Aujourd’hui, cette remarque semble surprenante, car seuls 4% des habitants de la région sont capables de soutenir une conversation dans les deux langues officielles. D’ailleurs, l’économie régionale s’est reconvertie dans le tourisme. En été, les grands bateaux de croisière acheminent au port de Sydney les nombreux touristes attirés par les beautés naturelles de l’île. Pourtant, depuis la fin du 19e siècle, l’exploitation du charbon dominait l’économie de la région. Et la pratique du français était courante, avant de décliner irrémédiablement. Voici pourquoi…

Après la chute de Louisbourg puis le retour de la paix, en 1763, des Acadiens ont obtenu des terres dans la région de Sydney. Ils étaient presque tous assimilés, à la fin du 19e siècle, quand la Dominion Coal Company a ouvert des mines à Glace Bay, Reserve Mines puis à New Waterford. Des centaines d’Acadiens de Chéticamp ont alors accepté les offres d’emplois dans les mines et dans les villes, préférant New Waterford, où ils subissaient moins les préjugés anti-français. De surcroît, ils ont pu se regrouper dans l’est de la ville, près de l’église de la nouvelle paroisse catholique du Mont Carmel. Comme le souligne Ronald Labelle, professeur à l’Université du Cap-Breton, c’est à cette époque qu’on aurait pu bâtir de solides communautés bilingues dans ces petites villes minières du Cap-Breton.

Un bilinguisme innaccessible

Dès 1905, les Acadiens ont fondé des succursales de la Société l’Assomption dans la région, afin de préserver leur cohésion et leur identité. Des services d’assurance ont été offerts aux adhérents, de même que des bourses d’études en français aux jeunes Acadiens. C’est à New Waterford que la succursale locale (Saint-Grégoire) a été la plus active. C’est aussi le seul endroit où des classes séparées en français ont été ouvertes, en 1948, malgré les fortes résistances du conseil scolaire anglophone local. Hélas, cette victoire est restée sans lendemain, puisqu’à partir de la 7e année, l’éducation se faisait toujours en anglais. Des parents acadiens ont alors choisi d’envoyer leurs enfants en vacances d’été dans leur famille, à Chéticamp, pour qu’ils pratiquent le français. Malgré les efforts des organisations sociales, en l’absence d’une paroisse de langue française, les Acadiens du Cap-Breton industriel ont été progressivement assimilés, même à New Waterford.

Dans les années 1980, un sursaut s’est toutefois produit quand des Francophones d’un niveau d’instruction plus élevé sont arrivés à Sydney, dans l’enseignement postsecondaire et les services fédéraux décentralisés. Ils étaient très soucieux de bénéficier de services éducatifs en français. Les parents les plus motivés se sont alors engagés dans un combat long et difficile pour obtenir une école homogène de langue française, couplée à un centre communautaire. C’est ainsi que le centre scolaire communautaire Etoile de l’Acadie a ouvert ses portes en avril 1999. Il s’agit d’une belle victoire, intervenue cependant trop tard pour sauver le bilinguisme. Par bonheur, la bien nommée Etoile de l’Acadie est dotée du pouvoir de faire briller simultanément la langue française et la culture acadienne. On ne peut que l’encourager à persévérer dans cette voie.

Image d’en-tête : Musée des mineurs du Cap-Breton, à Glace Bay (auteur Dennis G. Jarvis, licence CC BY-SA 2.0).

Jean-Marc Agator
Paris, France

Sources

Labelle, Ronald; An Invisible Minority – Acadians in Industrial Cape Breton; in Cape Breton in the long twentieth century, edited by Lachlan MacKinnon and Andrew Parnaby, Athabasca University, 2024, p.99-125.

Statistiques Canada 2021 : 4,3% des 93694 habitants de la municipalité régionale du Cap-Breton sont capables de soutenir une conversation dans les deux langues officielles. La municipalité regroupe notamment la ville portuaire de Sydney et les centres de population de Glace Bay, Sydney Mines et New Waterford.