Éric Dow est un artiste et militant acadien originaire de la Baie Sainte-Marie, de mère acadienne et de père néo-écossais de langue anglaise. Bilingue de naissance, il s’est naturellement dirigé, en 2010, après ses études à l’école secondaire de Clare, vers des études universitaires de traduction. Il est ainsi titulaire d’un baccalauréat en traduction à l’Université de Moncton et d’une maîtrise en traductologie à l’Université d’Ottawa. Mais plutôt que poursuivre une carrière de traducteur professionnel, il a préféré s’engager, à l’été 2017, dans la défense des droits des Acadiens à la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB), à Moncton, en charge des communications. En parallèle, il est devenu co-président de Productions pour le Peuple, une compagnie de production musicale francophone de la Baie Sainte-Marie, tout en continuant sa carrière de chanteur principal du groupe de folk acadien Cy. Voilà pour le parcours initial, déjà remarquable, d’Éric Dow. Pourtant, le meilleur est à venir…
La passion des langues minoritaires
En janvier 2023, à la fin de son mandat de directeur des communications à la SANB, Éric était très fier d’avoir défendu avec vigueur les droits linguistiques et culturels des minorités dans les provinces atlantiques. Il avait notamment organisé avec succès le Tintamarre acadien du 25 octobre 2022 à Fredericton, où la SANB s’était unie aux dirigeants des peuples Wabanaki* pour protester contre la politique du gouvernement du Nouveau-Brunswick. Désormais, Éric se passionne pour la préservation des langues et cultures Wabanaki*, convaincu qu’un rapprochement politique et culturel avec les Acadiens est nécessaire pour y parvenir. C’est dans cet esprit qu’il s’est engagé, à l’été 2023, dans un projet de doctorat à l’Université de Moncton, tout en réalisant au même moment un véritable coup de maître…

Éric fait partie des 14 boursiers sélectionnés en 2023 dans tout le Canada par la Fondation Pierre Elliott Trudeau, parmi les doctorants les plus remarquables dans leur discipline des sciences humaines et sociales. Dans ses programmes, la Fondation encourage ses boursiers, accompagnés par des fellows (universitaires de haut niveau) et des mentors (professionnels expérimentés), à s’exposer à la diversité des points de vue pour construire une société plus inclusive. C’est ce qu’elle appelle former ses boursiers au leadership engagé. Et précisément, le projet doctoral d’Éric vise à explorer la question des langues minoritaires avec le regard de la sociolinguistique, au croisement de la langue et des rapports sociaux. Dès lors, son objet de recherche est de trouver les meilleures voies d’entente politique et culturelle entre les communautés autochtones et acadienne.
De ce fait, Éric s’appuie naturellement sur son expérience professionnelle et sa rencontre avec différents leaders communautaires, en tant que musicien et à la SANB. Dans le domaine artistique, le travail accompli avec sa compagnie Productions pour le peuple a d’ailleurs été récompensé en 2021 par le prix Grand-Pré. Ce prix couronne les travaux exemplaires qui reflètent la culture acadienne et francophone, tout en faisant preuve d’excellence et d’originalité. Éric espère maintenant que son projet doctoral enrichira suffisamment les connaissances scientifiques pour qu’enfin les langues autochtones soient mieux incluses dans la société canadienne. C’est un grand dessein qui honore cet artiste et militant acadien à qui on ne peut que souhaiter un brillant avenir.
* Compléments sur les peuples Wabanaki (Statistiques Canada 2021) : Au Canada, les peuples Wabanaki (peuples du soleil levant) parlent une des deux langues algonquiennes de l’est, c’est-à-dire les langues des peuples Mi’kmaq (Micmac) et Wolastoqewi (Malécite). En Nouvelle-Ecosse, on ne trouve que la langue Mi’kmaq, parlée par 0,6% de la population, alors qu’au Nouveau-Brunswick, les langues Mi’kmaq et Wolastoqewi sont parlées respectivement par 0,3% et 0,1% de la population.
Photo d’en-tête : Éric Dow (Photo Steve Caron / @lecaron).
Jean-Marc Agator
Paris, France
