Boston, MA, le 4 décembre 2025. L’arbre de Noël qui vient d’être installé scintille de mille feux près du Centre des visiteurs, en bordure du Boston Common, le plus vieux parc public des Etats-Unis. Il s’agit d’une belle épinette blanche de 13,7 m abattue le 12 novembre dans le comté de Lunenburg, en Nouvelle-Ecosse, lors d’une cérémonie officielle, et expédiée ensuite à Boston. Depuis 1971, cette tradition de l’arbre de Noël symbolise la longue amitié entre la Nouvelle-Ecosse et Boston, depuis qu’un accident dramatique s’est produit le 6 décembre 1917 au port d’Halifax, pendant la première guerre mondiale…
Ce jour-là, un navire norvégien affrété par la Belgique et un navire français chargé d’explosifs étaient entrés en collision. L’accident avait provoqué une énorme explosion et des dégâts considérables à Halifax où de nombreuses maisons avaient été détruites ou endommagées. Les conséquences humaines avaient été désastreuses puisque près de 2000 personnes avaient perdu la vie et des centaines d’autres avaient été blessées. Face à cet événement dramatique sans précédent, les secours provinciaux étaient intervenus rapidement, le jour même. Et les autorités de Boston avaient spontanément envoyé un train de secours, le soir même, pour porter assistance aux habitants d’Halifax. Elles avaient ensuite continué à aider la population puis coordonné un important projet de reconstruction de la ville. C’est en remerciement de cette aide précieuse qu’un an plus tard, la ville d’Halifax avait offert un arbre de Noël à Boston. Après une longue interruption, la tradition d’offrir un arbre à Boston avait été relancée en 1971 et s’est perpétuée jusqu’à aujourd’hui.
Au-delà du symbole d’amitié entre les deux villes, cette tradition est aussi l’occasion de mettre en valeur les plus beaux conifères de la forêt acadienne en Nouvelle-Ecosse. Le processus de sélection des arbres des trois espèces indigènes éligibles (épinette rouge ou blanche et sapin baumier) est d’ailleurs très rigoureux. Mais c’est une épinette blanche qui est généralement choisie. Quant à la forêt acadienne, nommée ainsi par les colons des Provinces maritimes du Canada, elle recouvre les territoires non concédés des Micmacs et des Malécites et s’appelle en réalité forêt Wabanaki, un nom qui peut signifier « pays de l’aube ». Un tel nom se réfère en tout cas à la relation cultivée depuis longtemps entre les communautés autochtones et leur écosystème. Dès lors, chaque année, avant l’abattage de l’arbre, un aîné ou chef spirituel de la communauté concernée procède à une cérémonie de purification par la fumée, consistant en une prière accompagnée du brûlage de plantes sacrées. Ainsi, le 12 novembre 2025, c’est Holly Meuse, de la Première Nation L’sitkuk à Bear River (Vallée d’Annapolis), qui a procédé à la cérémonie de purification.

Enfin, les Acadiens ont eu aussi l’occasion dans le passé d’honorer cette tradition néo-écossaise quand, en 2021, la communauté de l’Arche à Orangedale, au Cap-Breton, a offert un arbre de Noël à Boston. C’est en effet avec beaucoup de fierté qu’un Acadien de Torbé, membre éminent de l’Arche Cap-Breton, a représenté sa communauté lors des festivités de l’arbre de Noël, à Boston. Au fait, de quelle espèce s’agissait-il ? D’une épinette blanche, bien entendu.
Image d’en-tête : L’épinette blanche choisie dans le comté de Lunenburg (photo Tree for Boston, Nova Scotia Government).
Jean-Marc Agator
Paris, France
Sources
Sites internet : Boston Discovery Guide (Boston Common Holiday Tree Lighting 2025) ; Nova Scotia Government (Tree for Boston ; About the Tradition) ; Nova Scotia Archives (1917 Halifax Explosion) ; The Nashwaak Watershed Association (What is the Wabanaki Forest?) ; L’Encyclopédie canadienne (Purification par la fumée).
