Du 9 au 16 août 2024, le village acadien de Pomquet, sur les rives de la baie Saint-Georges, à proximité de la ville d’Antigonish, organisait un festival pour son 250e anniversaire, avec de multiples activités. De l’avis de son organisateur, le festival a été un franc succès, « un peu comme une résurgence de fierté acadienne » [1]. Le 16 août, parmi les événements marquants du festival, des centaines de personnes se sont retrouvées à la propriété Chez Deslauriers (voir plus bas), venant parfois de loin, pour un grand moment festif « en famille ». Pourquoi la grande famille de Pomquet ressentait-elle autant le besoin de faire resurgir la fierté de sa culture acadienne ? Voici un bref rappel historique…
Dans les années 1770 et 1780, dans l’actuel comté d’Antigonish, les colons acadiens ont fondé le village de Pomquet et, plus à l’est, les deux autres villages de Tracadie et Havre-Boucher. Dans le même temps, de nombreux immigrants anglophones se sont installés dans la région. Contrairement aux villages de la région de Chéticamp, au Cap-Breton, ces trois villages ne sont pas adjacents et leur population n’est pas restée entièrement acadienne. Beaucoup d’Acadiens se sont donc assimilés rapidement à la majorité anglophone, si bien que la culture acadienne et francophone en a été profondément affectée, voire méprisée. C’est ce qu’avait déjà constaté avec indignation le futur sénateur Pascal Poirier, farouche défenseur de la langue française et de la culture acadienne, lors de sa visite à Pomquet, en 1876. L’anecdote édifiante qu’il raconte figure à la fin de l’article, portant un message de fierté très inspirant pour les générations d’Acadiens actuelles…
L’héritage acadien de Pomquet
Aujourd’hui, le village de Pomquet, qui compte environ 900 habitants, la plupart d’origine acadienne, résiste toujours à l’assimilation. Il constitue l’unique bastion francophone du comté d’Antigonish où la langue française est minoritaire [2], en ayant le privilège de pouvoir capter les programmes de la radio communautaire CKJM, au Cap-Breton. En février 2024, les Acadiens du village ont célébré la 50e édition de leur carnaval d’hiver dans leur tout nouveau centre communautaire attaché à l’Ecole acadienne de Pomquet, la seule école acadienne de la région. La communauté acadienne de Pomquet, représentée par la Société acadienne de Sainte-Croix, et le Conseil scolaire acadien provincial, responsable de l’école, ont souhaité ainsi constituer un centre culturel commun, ouvert à tous les villageois. C’est donc tout naturellement que le nouveau centre communautaire accueille maintenant le Musée acadien de Pomquet dans un espace plus adapté.

Revenons au festival de Pomquet, en août 2024, où les deux principaux lieux patrimoniaux du village ont été mis en lumière, notamment la propriété Chez Deslauriers, dont la maison patrimoniale date des années 1860. Cette propriété est située sur une colline côtière offrant une vue magnifique de la plage de Pomquet, au cœur d’un parc naturel provincial. Elle est gérée bénévolement par la Société de développement de Pomquet, qui vise à promouvoir la culture acadienne et le tourisme communautaire.
Enfin, le second haut lieu patrimonial du village est bien entendu l’église Sainte-Croix, construite en 1863, où une messe a été célébrée le dimanche 11 août 2024 en l’honneur des ancêtres acadiens. Lors de la visite de Pascal Poirier à Pomquet, en 1876, c’est donc l’église actuelle qui s’est présentée à lui. Mais qu’on se rassure, depuis longtemps plus personne n’entre à son presbytère par la porte de la cuisine sans avoir une bonne raison pour le faire.
Image d’en-tête : Eglise Sainte-Croix, Pomquet (Photo gracieuseté de Brendan Riley).
Jean-Marc Agator
Paris, France
Source principale
Ross, Sally, et J. Alphonse Deveau ; Les Acadiens de la Nouvelle-Ecosse, hier et aujourd’hui ; Les Editions d’Acadie, Moncton, 1995.
Anecdote de Pascal Poirier (Mémoires de 1876 en Nouvelle-Ecosse), relatée dans l’ouvrage de Sally Ross et Alphonse Deveau ci-dessus (page 190)
« De Tracadie, j’allai à Pomquet. Sur la route, je rencontrai un paysan, que je fis monter dans ma voiture. Nous causâmes.
- Si vous allez voir le prêtre, me dit-il, ils vous feront entrer au presbytère par la cuisine.
- Et pourquoi cela ?
- Parce que nous autres, les Français, il faut passer par la cuisine, quand j’allons le voir.
- Et les autres ?
- Ben, quand c’est des Anglais, y pouvont passer par la porte de devant.
Je bondis d’indignation.
- Je vais voir cela, lui dis-je.
Je poussai directement au presbytère.
- Je désire voir M. le curé, dis-je, en français, à la grosse fille joufflue qui vient m’ouvrir.
- All right. Go by the other door.
- J’entrerai par la porte où entrent les chrétiens, et non par celle où entrent les chiens, dis-je, sur un ton très élevé.
Au bruit que je fis, le curé vint à la porte.
- You want to see me, Sir?
- Oui, Monsieur.
- Entrez, alors, me fit-il, en un français très correct.
Tous les prêtres de nos provinces faisaient leur séminaire à Montréal ou à Québec, où ils apprenaient à parler notre langue ».
[1] « Pomquet a fêté 250 ans d’histoire », Le Courrier de la Nouvelle-Ecosse, 17/09/2024.
[2] En moyenne, 11,1% des 19580 habitants du comté d’Antigonish (ville d’Antigonish et subdivisions A et B de la municipalité de comté) sont encore capables de soutenir une conversation dans les deux langues officielles (Statistiques Canada 2021).
