Quand on visite la côte sud de la Nouvelle-Ecosse, à proximité d’Halifax, on ne peut qu’être sous le charme du pittoresque village de pêcheurs de Peggys Cove. Plus à l’ouest, la vieille ville portuaire de Lunenburg, inscrite depuis 1995 au patrimoine mondial de l’UNESCO, mérite qu’on se promène dans ses rues colorées, où elle arbore fièrement ses bâtiments originaux des 18e et 19e siècles. A l’évidence, la côte sud est dotée d’un riche patrimoine historique et naturel qui émerveille ses visiteurs. Attardons-nous cependant, au sud de Lunenburg, à l’embouchure de la rivière LaHave, sur un site historique moins visible dans les guides touristiques, mais d’importance capitale pour les Acadiens et Francophones de la région…
La vallée de la rivière La Hève
C’est en effet à cet endroit que Isaac de Razilly a débarqué, début septembre 1632, pour établir des colons et fonder la première capitale de l’Acadie. Il a construit le fort Sainte-Marie-de-Grâce sur un site connu sous le nom de La Hève (aujourd’hui LaHave) d’après la visite de Samuel de Champlain dans la région en 1604. Razilly parlait avec enthousiasme de cette belle vallée de La Hève propice à l’agriculture et à la pêche. A sa mort prématurée, en 1636, la plupart des colons sont partis s’établir à Port-Royal. Des familles acadiennes et micmacques ont ensuite formé la petite colonie de Merligueche, l’ancien nom micmac de Lunenburg. Presque toutes ces familles avaient quitté la région quand la ville de Lunenburg a été fondée, en 1753, par plus de mille colons protestants étrangers, des Allemands en majorité, mais aussi des Suisses allemands et des Français de Montbéliard. Ils ont tous été progressivement assimilés dans la société anglophone, en préservant leurs traditions.

Que reste-t-il de la Francophonie dans la région aujourd’hui ? Afin de promouvoir la culture française, les Francophones ont créé en 2009 le Centre communautaire de la Rive-Sud, au sein du nouveau centre scolaire ouvert en 2010 près de Bridgewater. Pourquoi Bridgewater ? Fondée dans les années 1810 à environ 20 kilomètres de l’embouchure de la rivière La Hève, où celle-ci n’est plus navigable, Bridgewater est actuellement la plus grande ville de la côte sud. En croissance démographique constante, elle est une véritable plaque tournante des commerces et des services de la région, où les Francophones sont minoritaires [1].
En outre, les Francophones de la Rive-Sud ne sont pas souvent originaires de la région, où le plus gros employeur privé, l’entreprise française Michelin, emploie sans doute nombre d’entre eux. Le centre communautaire doit donc relever le défi de les rassembler pour qu’ils se sentent appartenir à la communauté. Au Centre scolaire de la Rive-Sud, la collaboration entre les enfants, leurs parents et la communauté est alors un réel atout pour que les parents soutiennent le centre communautaire. Espérons que le centre scolaire saura s’adapter aux besoins croissants de l’école secondaire, notamment en français langue seconde. C’est une très belle perspective pour l’avenir de la Francophonie régionale.
Image d’en-tête : Phare et musée de Fort Point, site historique national à La Hève (LaHave), consacré à l’histoire des habitants de la rivière (auteur Dennis G. Jarvis, licence CC BY-SA 2.0).
Jean-Marc Agator
Paris, France
Sources
Ross, Sally, et J. Alphonse Deveau ; Les Acadiens de la Nouvelle-Ecosse, hier et aujourd’hui ; Les Editions d’Acadie, Moncton, 1995.
Potter, R.R. ; Les Français du comté de Lunenburg ; La Société Historique Acadienne, décembre 1984, Moncton, p.138-140.
Le Courrier de la Nouvelle-Ecosse : Garder ça vivant (01/06/2022) ; Le Centre communautaire de la Rive-Sud veut faire rayonner sa communauté (16/06/2023).
[1] Seulement 7,8% des 8790 habitants de Bridgewater sont capables de soutenir une conversation dans les deux langues officielles (Statistiques Canada 2021).
