Dans la ville d’Halifax, sur un territoire que les Micmacs appelaient autrefois Kjipuktuk (le grand havre), le traversier de l’île Georges permet de visiter le Lieu historique national de l’Île Georges. La vue de la ville est splendide depuis cette petite île fortifiée qui a joué un rôle essentiel dans la défense du grand havre d’Halifax. Mais l’île Georges a eu aussi un passé moins glorieux. Entre 1755 et 1763, elle a servi de lieu de détention, dans des conditions difficiles, à des centaines de prisonniers acadiens, en attendant leur déportation dans les colonies anglo-américaines ou en Angleterre. Aujourd’hui, l’île Georges est un lieu sacré pour les Acadiens, qui ravive leur mémoire douloureuse de la déportation. Intéressons-nous maintenant plus largement à la région métropolitaine d’Halifax…
Avec une population totale de 440000 habitants (en 2021), dont une minorité de Francophones [1], la municipalité régionale d’Halifax est le plus grand centre urbain du Canada atlantique. Dans la communauté francophone, les Acadiens sont majoritaires, issus pour la plupart de l’immigration économique du 20e siècle. Il existe pourtant dans la région métropolitaine, à une trentaine de kilomètres à l’est du centre-ville d’Halifax, une communauté bien plus ancienne qui défend encore fièrement sa culture acadienne et francophone…
L’Acadie de Chezzetcook
Cette communauté ancienne si fière de son héritage acadien se trouve sur la rive ouest de l’anse de Chezzetcook, dans les deux villages voisins de Chezzetcook-Ouest et Grand-Désert. Sa présence remonte aux années 1760, quand d’anciens prisonniers de l’île Georges et des réfugiés acadiens du Cap-Breton ont peuplé rapidement le territoire. Au début des années 1770, la colonie comptait une douzaine de familles acadiennes. En 1815, elle en comptait 47. Pendant longtemps, cette population catholique et rurale a résisté à l’assimilation. Toutefois, à la fin du 20e siècle, on n’entendait quasiment plus la langue française dans la communauté qui ne connaissait plus ni son histoire ni sa culture.

A l’aube du 21e siècle, des Acadiens passionnés ont œuvré pour resensibiliser cette communauté à la langue française et à son histoire et sa culture locales. C’est ainsi qu’ils ont créé L’Acadie de Chezzetcook, une association bilingue chargée, à travers son site historique à Chezzetcook-Ouest, de faire rayonner la culture acadienne et francophone de la communauté. De même, une école francophone, l’Ecole des Beaux-Marais, a été créée en 2011. Actuellement, le site historique comporte un musée consacré au mode de vie traditionnel des Acadiens, une salle communautaire (La Grange) et un café-restaurant (La Cuisine de Brigitte).
Et maintenant ? L’Acadie de Chezzetcook vient de s’engager dans le projet ambitieux de transformer l’église Saint-Anselme du village, désacralisée en 2022 mais d’une grande importance symbolique pour les Acadiens, en nouveau centre communautaire : le Centre acadien de l’anse de Chezzetcook. Avec ce beau projet de développement culturel et touristique, la communauté acadienne et francophone de la région peut être confiante dans son avenir.
Image d’en-tête : Le futur Centre acadien de l’anse de Chezzetcook (Photo gracieuseté de L’Acadie de Chezzetcook).
Jean-Marc Agator
Paris, France
Source principale
Ross, Sally, et J. Alphonse Deveau ; Les Acadiens de la Nouvelle-Ecosse, hier et aujourd’hui ; Les Editions d’Acadie, Moncton, 1995.
[1] 2,3% des habitants sont de langue maternelle française, mais 12,2% sont capables de soutenir une conversation dans les deux langues officielles (Statistiques Canada 2021).
