mascaret sur la rivière salmon

Quand sonnait la cloche de Cobequid à Truro

Chef-lieu du comté de Colchester, la petite ville de Truro est située sur la rive sud de la rivière Salmon qui se jette quelques kilomètres à l’ouest dans la baie de Cobequid. La rivière Salmon est connectée à la baie de Fundy par la baie de Cobequid qui forme l’extrémité est du bassin des Mines. Sous l’effet des hautes marées de la baie de Fundy, un mascaret se forme deux fois par jour sur la rivière Salmon, depuis la partie basse de la rivière jusqu’à la limite de la marée à Truro. On peut observer ce phénomène remarquable depuis le Centre de découverte de Fundy, à Lower Truro. Mais pourquoi le nom de Cobequid est-il si présent dans la toponymie du comté, en désignant une baie, mais aussi des montagnes, un sentier touristique et même une route à péage ? Il vient en fait du mot micmac Wagobagitk signifiant « fin des eaux vives », qui désignait la rivière Salmon, en référence au flux finissant de la marée montante. Et c’est en ce lieu nommé Cobequid qu’en 1689, Mathieu Martin, premier enfant né de parents français en Acadie, a obtenu une seigneurie à l’extrémité est du bassin des Mines. L’établissement acadien de Cobequid était né…

L’héritage acadien de Truro

Dans la première moitié du 18e siècle, les Acadiens ont exploité avec succès les terres basses endiguées et fertiles des marais de la région. En 1714, la colonie agricole comptait 23 familles, soit 175 personnes. Vers 1750, elle en comptait quatre fois plus, réparties sur le pourtour de la baie de Cobequid. A l’été 1755, la dispersion des Acadiens et la destruction de leur établissement par les Britanniques ont mis fin à leur présence dans la région. Quant à la ville de Truro, elle a d’abord été peuplée, dès les années 1760, par des fermiers d’origine écossaise d’Irlande du nord, puis des Loyalistes américains, avant de devenir, au siècle suivant, un important centre ferroviaire. Aujourd’hui, bien qu’ils soient minoritaires dans le comté, les Francophones peuvent compter sur le Centre communautaire francophone et l’Ecole acadienne de Truro pour faire vivre leur culture acadienne et francophone. Pourtant, quelles traces reste-t-il de leur histoire acadienne ?

Dans le comté de Colchester, 23 panneaux historiques répartis autour de la baie de Cobequid marquent l’emplacement des villages, maisons, digues et moulins de l’ancien établissement acadien. Le panneau n°7W attire plus particulièrement l’attention. Intitulé « La Paroisse », il est visible depuis la route qui traverse la localité de Masstown, sur la rive nord de la baie de Cobequid, à une quinzaine de kilomètres à l’ouest de Truro. A cet endroit se cache un véritable trésor mémoriel. Dans le champ séparant la route de la côte, se trouvait le village principal ainsi que l’église paroissiale et le cimetière de Cobequid. Et surtout, l’église comportait une cloche dont un agriculteur a un jour retrouvé des restes de métal fondu en labourant son champ. C’est la seule trace connue qui reste des églises du bassin des Mines incendiées lors de la dispersion des Acadiens.

Image d’en-tête : Mascaret sur la rivière Salmon, au Centre de découverte de Fundy (photo Deborah Searle, Municipalité de Colchester).

Jean-Marc Agator
Paris, France

Sources

Arsenault, Bona ; Histoire des Acadiens (mise à jour de Pascal Alain), Editions Fides, Montréal, 2004.

Brown, Thomas J.; Nova Scotia Place Names (Salmon River, Cobequid), 1922.

Daigle, Jean et LeBlanc, Robert ; Planche 30 « Déportation et retour des Acadiens », Atlas historique du Canada, Volume 1, Presses de l’Université de Montréal, 1987.

D’Entremont, Clarence ; L’histoire des cloches acadiennes : celles du bassin des Mines et de l’isthme de Chignectou ; texte publié dans le Yarmouth Vanguard le 27 février 1990, Musée des Acadiens des Pubnicos.

Statistiques Canada 2021 : Seulement 7,3% des 12954 habitants de Truro sont capables de soutenir une conversation dans les deux langues officielles. Cette proportion est un peu plus faible dans le reste du comté. La population générale du comté, comme sa population francophone, sont en croissance continue (statistiques Canada 2016, 2011, 2006…).