L’île Georges est une petite île de forme ovale qui a longtemps joué un rôle essentiel dans la défense du port d’Halifax. Depuis sa fondation, en 1749, Halifax bénéficie de son port en eaux profondes et libre de glace toute l’année qui lui procure un avantage stratégique majeur. Intégrée dès le début dans le complexe de défense de la ville, l’île Georges n’a pourtant pas connu que des heures de gloire. Tour à tour lieu de sépulture et de détention, elle a été le témoin d’épisodes sombres de l’histoire française et acadienne de la région. Remontons tout d’abord à 1746, quand Halifax était encore le havre de Chebucto et l’île Georges l’île de la Raquette, sur un territoire que les Micmacs appelaient Kjipuktuk (le grand port) …
La sombre histoire de l’île Georges

Après la prise de la forteresse de Louisbourg par les Anglo-américains et les Britanniques, en juin 1745, le gouvernement français était déterminé à reprendre l’île Royale et la Nouvelle-Ecosse. Une flotte imposante de 72 bateaux et 7000 hommes a alors été constituée, placée sous le commandement du duc d’Anville. Hélas, cette expédition a subi un échec retentissant. Pénalisée par une météorologie désastreuse, elle a surtout été dévastée par une épidémie de typhus aggravée de scorbut due notamment aux mauvaises conditions sanitaires. Quant au duc d’Anville, il est mort d’une attaque d’apoplexie à son arrivée dans la baie de Chebucto, en septembre 1746. Sa dépouille a reposé pendant deux ans sur l’île de la Raquette, jusqu’à la restitution de Louisbourg à la France, en 1748, par le traité d’Aix-la-Chapelle. Elle repose désormais dans la chapelle de la forteresse de Louisbourg en partie reconstruite.
C’est donc en 1749, pour contrer l’influence de Louisbourg, que les Britanniques ont établi plus de 2000 colons protestants dans la baie de Chebucto et ont créé une importante base militaire pour les protéger. Ils ont nommé leur nouvelle colonie Halifax, en l’honneur du 2e comte d’Halifax, président du Board of Trade à Londres, et l’île Georges en l’honneur du roi Georges II. Neuf ans plus tard, La France perdait définitivement Louisbourg, alors que la moitié des Acadiens avaient déjà été déportés vers les colonies anglo-américaines. Entre 1755 et 1763, l’île Georges avait alors servi de lieu de détention, dans des conditions difficiles, à des centaines de prisonniers acadiens, en attendant leur déportation dans les colonies anglo-américaines ou en Angleterre.
Aujourd’hui, le Lieu historique national de l’Île Georges offre aux visiteurs une vue splendide sur la ville, tout en dissimulant une face sombre de l’histoire de la région. Autrefois témoin de la faiblesse endémique de la marine française, l’île Georges est un lieu sacré pour les Acadiens, qui ravive leur mémoire douloureuse de la déportation. Fièrement représentés par leurs institutions provinciales dans la Maison acadienne, 54 rue Queen, à Dartmouth, les Acadiens de la municipalité régionale d’Halifax ont la chance de vivre dans un grand centre urbain particulièrement francophile. Si seulement 2,3% des 440000 habitants de la métropole sont de langue maternelle française, 12,2% sont capables de soutenir une conversation dans les deux langues officielles. C’est un formidable atout pour entretenir le dynamisme du Conseil Communautaire du Grand-Havre qui les représente.
Image d’en-tête : L’île Georges (auteur Thparkth, licence CC BY-SA 3.0)
Jean-Marc Agator
Paris, France
Sources
Landry, Nicolas et Lang, Nicole ; Histoire de l’Acadie – 2e édition ; Septentrion, Sillery (QC), 2014.
Chaline, Olivier ; La puissance navale à l’épreuve de l’épidémie – Le mal de Brest 1757-1758 ; Institut de l’Océan de l’Alliance Sorbonne Université, 2021.
Statistiques Canada 2021 : la municipalité régionale d’Halifax regroupe les villes d’Halifax, de Dartmouth, de Bedford et le comté d’Halifax. 2,3% de ses 440000 habitants sont de langue maternelle française, mais 12,2% sont capables de soutenir une conversation dans les deux langues officielles.
